LES CUVES RUPESTRES ou FOULOIRS A RAISIN

            A l’est du bourg actuel, dans les bois et sur le rebord du plateau calcaire, les randonneurs peuvent découvrir de curieuses structures taillées dans la roche. Ce sont des cuves rectangulaires, plus ou moins profondes, en légère déclivité. Elles possèdent une évacuation au-dessus d’un petit cuvon ou d’une plateforme. Trois sont à proximité du Val des Nymphes, six dominent le quartier du Colombier.

            Aujourd’hui la garrigue étant dominée par des chênes verts de plus de plus en plus grands, il devient difficile d’imaginer les paysages anciens. Il y a plusieurs siècles, les espaces proches des cuves étaient cultivés ou plantés en vigne tant sur les versants que sur le plateau.

            Les cuves ont été « classées parmi les sites et monuments naturels de caractère artistique » par arrêté du 18 décembre 1919 du Ministère de l’Instruction publique et des Beaux-Arts.

            Au XIXe siècle en pleine période romantique où l’on s’intéressait aux cultes gaulois puis encore au début du XXe siècle, elles étaient considérées, en Tricastin, comme des « tables à sacrifice » utilisées lors de cultes druidiques de l’époque gauloise ! Cette explication est complètement rejetée depuis longtemps par les universitaires, historiens de l’Antiquité et du vin. Malheureusement, la carte IGN 3039 ET Valréas dans ses dernières éditions mentionne encore à tort « pierres à sacrifices ».

            Il s’agit en réalité de fouloirs rupestres à raisin qui permettaient d’extraire le jus de raisin par piétinement et de récupérer celui-ci dans des récipients (outres en peau, poteries ou tonneaux ?) pour le transporter vers une ferme et y effectuer la fermentation.

            Ces fouloirs rappellent ceux que se trouvent dans les grands domaines viticoles du Haut Empire romain dans la vallée du Rhône (fouilles de Donzère et Beaucaire) et dans tout le bassin méditerranéen. Ces cuves rupestres sont implantées à proximité des vignobles et de l’habitat ancien du Val des Nymphes et du quartier du Colombier, de l’époque romaine et du Haut Moyen Age. Leur utilisation a pu s’étendre de l’époque romaine aux XIIe-XIIIe siècles.

            Après l’abandon de l’habitat du Val des Nymphes et l’installation de la population dans le bourg castral de La Garde-Adhémar à partir du XIIe siècle, aucune cuve nouvelle ne semble avoir été creusée dans les bancs rocheux proches de ce nouveau lieu de vie. L’usage de fouloirs en bois se répandit alors.

            Des fouloirs similaires à ceux de La Garde-Adhémar sont observables dans la Drôme à Clansayes et à Montségur, dans l’Ardèche à Vogüé, Vinezac, Largentière ou dans le Lubéron et l’arrière-pays de Montpellier. Les mosaïques romaines et les découvertes archéologiques nous rappellent leur existence et l’importance de l’économie viticole dans une grande partie du pourtour méditerranéen.

Bernard et Françoise Hernandez

Club UNESCO de La Garde-Adhémar

www.lagardeadhemarpatrimoine.site

Août 2021

Localisation

des cuves rupestres

(Extrait IGN)